AUTOMELODI

PAROLES / LYRICS

toutes ces chansons / all these songs : ©  Xavier Paradis, 1998 - 2013

 

À la date verticale

Airline

Aléas, Dernières Chances

Buanderie Jazz

Ciao! Ciao. Ciao?

Digresse

Employé terne

Fenêtres ouvertes

La Cigale

L'Écran de fumée

Limite Malade

Métropole sous la pluie

 

Navette de remplacement

Out of Sync

Pression

Rayons de rien

Rentrée 3007

Rose A.D.

RT60

S’rait bon d’s’revoir

Schéma Corporel

Soubrette / Sous-entendu

Stylo Bille

Vacances à Maiori

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Surlendemains acides (2013)

 

La Cigale

Je laisse mes plaies reposer sur ton corps

Je laisse tes yeux découper le décor

 

C'est purement amical 

Ton objectif a touché mes blessures 

Hélas nos doigts ne se touchèrent pas sur

Le toit d'une cathédrale

 

Sous son balcon une ville se désespère

D’être si belle mais si loin de la mer

 

Elle connaissait une rivière souterraine

Mais son chemin maintenant est envahi

Par les buissons d'orties

Et la soif me poursuit

 

Ta… perspective rend son dernier soupir

Mon cœur s’étrangle avec les souvenirs

Suspendus à tes mèches

 

Au soir je jette quelques pas dans la rue

Histoire de fuir ou d’apprendre à fumer

Oh comme tu savais bien…

Éteindre sur mes bras

 

Au chant de la cigale

Elsa, fais-moi mal

Chante la cigale…Elsa, fais-moi…


Aléas, Dernières Chances

 

Aléas, dernières chances

Traversant la ligne blanche…

Merci pour l’insolence

 

Embrassée de cuir aux flancs d’un taxi

La voir s’éloigner dans l’aube avec poings serrés

Vers le goût du vide plutôt que l’ennui

Un désir de suivre un fil dérobé

 

Aléas, dernières chances

Traversant la ligne blanche…

Jugement de l’insouciance

 

Invisibles câbles entre untel et lui

Invincible ambiguïté répartie

Caressant l’impossible
Justement... justement…la distance

 

Dernières chances

 

Foudroyante innocence

Traversant la ligne blanche

Merci pour l’insolence

 

 

Vacances à Maiori

 

Et pourtant

Il fallait fuir au signal bleu

Qui brillait sur le cours figé

De la Volga dans ses yeux

 

Comment arrive-t-elle à pleurer?

 

Et pourtant j’avais bien fui pour poser le

Thé sur l’Oncle Déglingué

Une fois rentré

J’étais un vieillard mais elle m’attendait

 

Pour me confier des armes souillées

Qui glissaient de mes mains

Comme des civelles pressées

 

Au milieu du triptyque du jugement

Dans les flammes de ses entrailles

Un four ou l’autre, oui croire que nous

Nous aimions comme le lierre, le mur

Elle me confiait un poignard rouillé

Quelques scutigères en guise d’armée

Pour défaire toutes les valises d’ombres

Qu’elle rapportait dans chaque lit

Tout en évoquant des choses plaisantes

Peut-être… peut-être…

 

Parlons une fois, parlons sans foi

De cette romance innommable

Ce coup de botte à la cage thoracique

Qui me fait maudire ma chair

 

Mais comment peut-elle…?

 

Est-ce la peur d’être enfin fou

Qui nous laisse nous nuire ainsi?

Figures de vies, toutes seules ensemble

 

Mais comment pourrais-je…?

Elle me confiait un poignard rouillé

Quelques scutigères en guise d’armée

Pour défaire toutes les valises d’ombres

Qu’elle rapportait dans chaque lit

Tout en évoquant des choses plaisantes

Peut-être des vacances à Maiori

 

 

RT60

 

Autour de ton corps

Les architectes

Poussent des contreforts

De béton vierge

 

Déplient leur décor

Un corset de craie blanche

Château de ton corps

 

Des plans pour construire

Une chapelle sur les pentes du chagrin

Pour s’autodétruire

Tu sais le calcaire blanc ça s’effrite bien

Autour de ton sort

Tu es ta propre Sphynge

Et les énigmes

Résonnent encore

 

Autour de l’angoisse

Dansent tes miroirs brisés

Menacent de nous perdre

 

Quelle blessure choisir?
 Je ne sais plus rien

Répondre ou mourir

Au bout d’RT60

Au bout d’une fin

Répondre ou mourir
Ou s’autodétruire…

Main dans la main

 

Autour de ton corps

À tout bout de champ

À tout le moins perdu

RT60

Déjà un souvenir

Rêve insonore

À tout le moins perdu…

 

 

Digresse

 

Digresse, digresse que j’ai suivie

Digresse, vengeresse me poursuit

Laisse à mon adresse une maladie

 

Digresse, digresse que j’ai suivie

Retrace la détresse où je suis

Promène en laisse notre folie

Au fond d’une spirale d’asphyxie

 

Digresse livre l’ivresse des profondeurs

Digresse capitale de douleur

Caresse des pays extérieurs

 

Digresse / Vengeresse / Maladie

 

 

Fenêtres ouvertes

 

La rosée s’endort sous les conifères,   la

Lumière vient refroidir les lampadaires

Une rue effacée dans une banlieue ouest

Une falaise sur un fleuve coulant vers l’est

 

Et cette maison aux fenêtres ouvertes

Sur des cellules seulement en apparence désertes

 

Et par ces fenêtres une vingtaine d’années

Sont entrées, sorties sans demander

 

Pas eu le temps de reparler aux murs

Plus même un tiroir pour couver une lettre obscure…

 

J’étais à deux doigts de trouver la porte unique

Vers le club souterrain ésotérique

Sous l’escalier au fond d’un cagibi

Dans une malle où je ne me cacherai plus, tant pis

 

C’était une maison aux volets ouverts

La prison dont je ne voulais pas m’enfuir

Elle est toujours plus près de la falaise

Dans ma mémoire qui semble rétrécir

 

Et par les fenêtres une vingtaine d’années

Sont entrées, sorties sans demander

Et comme par hasard une vingtaine d’années

Entrées et sorties sans même se présenter

 

 

Navette de remplacement

La navette

Faute de train

 

Faute de train

Je suis dans

La navette de remplacement

 

Qui fonce vers l'enfer,

Le rocher lointain

Ou juste Aldébaran

 

Une poussée insistante

Cette trajectoire un peu fuyante

 

Tel un pneumatique

Projeté au hasard dans des tubes faits de brique

 

Le repli

De l’espace

Ton désir me suit

Me dépasse

 

Éclatement du signal

Tes appels découpés en lignes verticales

Les éléments perturbateurs

Rebondissent sur la carlingue

 

Avion fondamental

Un tiret de métal

Passe sans se retourner

 

La comète

Faute de freins

Peine à éviter

D’écraser les chiens

 

Transit secondaire

Qui fonce vers l'Orient

Ou juste Aldébaran

 

Fantastique. C'est fantastique.

 

 

Métropole sous la pluie

 

Métropole sous la pluie

Laisse couler son maquillage sur l’asphalte

Du taxi j’observe le dernier

Feu d’artifice se noyer

 

Le boulevard sous la pluie

Va laisser fondre ses ennuis sur l’asphalte

Une ex-gothique cherche Blanche Neige

À pas d’heure dans un démeublé

 

Pas d’heure encore le démeublé

Une vieille copine écoute Marcel déchiré

Qui déclare ouverte sa relation

Cherche à meubler conversation

 

Plus tard assis sur la moquette

Marcel-Blanche-Neige écoute une grande fille extrême

Elle voudrait bien lui expliquer

Qu’elle se fout bien des préjugés

 

Qu’enfin son corps est un canevas

Qu’elle doit souiller c’est une démarche comme une autre

Pour parvenir à retrouver

Quelque chose… mais j’ai oublié

Le boulevard dans le rétro

Laisse couler son maquillage sur l’asphalte

Miroir et clin d’œil sulfureux

De Cléopâtre en signe d’adieu

 

Un autre « aftère », chez qui encore

Coupes de plastique jusqu’à l’aurore

Est-il temps de rentrer chez moi…

 

Amant cocu d’une métropole

Vient d’être avalé par la banquette arrière

Du taxi j’observe le dernier

Feu d’artifice se noyer

 

Métropole sous la pluie

Est emportée par les rivières de goudron

Demain il ne restera rien

Que des taches d’huile sur l’asphalte

 

Des moisissures ça et là...

Quand la ville aura tout pleuré

 

 

À la date verticale

 

Au bal des chansons muettes
Au répertoire effacé

Au point où nous en sommes
À la date verticale

 

Au point où nous,

En somme,

À l’aquarium de la morgue

 

Autour de ton corps

À l’aquarium de la morgue

 

Autour de ton corps

À tout bout de champ

À tout le moins perdu

 

 

Automelodi (2010)

 

Schéma Corporel

 

C’était un prisme agréable

Avec des angles formidables

Je lui disais «Emmène-moi!

Là où les formes font la loi!»

Il était beau, mon prisme à moi

Au plus fort de ses angles droits

Il m’allumait par réfraction

Avec son regard de zircon

 

Te souviens-tu de ces soirées ?

Au bord d’un axe, sur le quai

Assis à boire quelques cylindres

Nous nous sentions si… symétriques

Je me souviens de toi, mon prisme

Es-tu toujours en forme?

Une sensation m’obsède encore:

Je sens tes surfaces, contre mon corps

 

Dans nos élans, mon prisme et moi

Nous pouvions rêver de schémas

Nous pensions  même à développer

Un petit système modulaire

Notre alignement était si…

Pur et juste, mais…

Nous vivions dans la démesure

Nos folles nuits de dodéca-danse

Vinrent éroder cette coïncidence

 

Je l’ai connu en parallèle, et je l’ai per-pendiculaire

Je l’ai aimé en parallèle, et je l’ai per-pendiculaire

(…)

 

 

Airline
 
Prescriptions won't help you see better
For your life is just a blur
Anyway...you should have seen it coming
Tonight again you're likely to stay in
It's not even bad weather that scares you anymore
...am I right?

Now you're buying some airline tickets
But you don't really know where to fly

Remember you used to tell everybody
How you just loved this city
Say...     What happened to that?
Now it's just like that song about cacti
All along that same old loop...
From your job to your place
From your place to some club where it might end up in a fight

Seems you're burning that candle at both ends
But the flames are nowhere to be seen
And you're buying some airline tickets
But you don't really know where to fly
Yeah…you're buying those airline tickets
And you might, yeah you might

Say, you might, you might as well…

...learn how to… swim


You know, you're not that far
From being king of the cul-de-sac
But you'd rather believe that you'll move on...
 
Am I right?

So move on!

Fill that old suitcase and then…
Then move on...go ahead!
Kiss that fat old landlord goodbye

And then…just move on…

Fly away! (now…)
Spend your credit on those tickets
If it saves your soul

 

 

Rose A.D.

 

J’ai une guitare rose

Quand je joue, c’est « métamorphose »

Entends-tu, camarade, cette mélodie

Entends-tu l’écho de mes harmonies

J’ai des artifices, des délices

Des hélices qui me projettent au bout du vice

Et je me perds dans les voiles de Stevie Nicks
Dans un ciel d'étoiles qui brillent comme Elvix

 

Je me précipite dans le vide

De précipices peuplés de voix répétitrices

Et quand le vent se mêle aux cloches de ma folie

Ça résonne comme Orléans et Beaugency

J’ai une harpe rose

Quand je joue, c’est …

 

Parfois je crois qu’elle joue toute seule

Justement

Maintenant je crois qu’elle joue toute seule

Tu l'entends?

Parfois je crois qu’elle joue toute seule…

Maintenant elle joue…toute seule

Tu l'entends?

 

 

Stylo Bille

 

Te souviens-tu d’un certain stylo

Que tu cachais dans ta veste le soir

Te souviens-tu des petits papiers

Qui se froissaient dans tes poches chaque soir

 

Que tu ne retrouvais pas le lendemain

Qui se désintégraient à coups de lessive

 

Les meilleures billes ne laissent pas de trace

Et savent se fondre aux papiers qu’elles embrassent

J’ai l’occasion de comparer plusieurs modèles

Car j’en égare régulièrement

 

Et parfois sans prévenir

Au coin d’une syllabe

Le sommeil me surprend mais

Le stylo-bille ne dort pas…

 

Je me réveille dans une mer d’encre

 

 

Rayons de rien

 

Lancé à toute allure, je fonce sur les portes

Je fonce sur les portes automatiques

Projeté comme une balle perdue, je dépends du regard

De l’œil magique des portes automatiques

La charge d’un bélier en plein cœur du trafic

Je fonce sur les portes automatiques

Qui transporte avec lui la cornée du cyclone

Je fonce sur les portes automatiques

 

Que voulez-vous dire vraiment?

Redites-moi clairement

Je ne lis plus entre vos lignes

En avez-vous pour longtemps?

 

Certains détails m’échappent, en fait je n’ai rien compris

Concentré sur les portes automatiques

Veuillez reformuler ces propos sarcastiques

Je m’occuperai de portes automatiques

Parsemez votre discours d’exemples très concrets

Que je peux rattacher à mon quotidien

Désolé mais cette fois-ci vos métaphores brillantes

Me font autant d’effet qu’un solo d’horloge parlante

 

Que voulez-vous dire vraiment?

Redites-moi clairement

Je ne lis plus entre les lignes mais je sais

Franchir les portes grâce aux rayons de rien

 

Propulsé à toute allure, je fonce sur les portes

Je fonce tout droit sur les portes vitrées

Projeté comme une balle perdue, je dépends du regard

De l’œil magique des portes automatiques

Je me moque de vos sirènes et de vos gyrophares

Plus rien ne modifiera ma trajectoire

Mon corps fend l’air avec une telle vélocité

Que les arrière-pensées n’osent même plus me pourchasser

 

Avec toute la majesté d’un chariot d’épicerie

Je fonce sur les portes automatiques

Je n’obéis plus qu’à mon instinct balistique

Tel un cow-boy sur une charge atomique

S’il me reste un doute je prie pour que ces portes-ci

Puissent bien remplir leurs fonctions automatiques

… Je fonce sur les portes automatiques…

 

 

Buanderie Jazz

 

J’ai rien à dire sur la bohème

Les plaisirs simples me rendent muet

Rien à rajouter sur les jours légers

Qui tournoient et foutent le camp

Comme des feuilles d’assouplissant

Et les jeunes filles dans le vent
Mais moi j'ai la tête lourde...

 

Et si tu cherches tu me trouveras

En laverie Jazz

Rue du Progrès, 623

Buanderie Jazz

À moins que Montréal ne se noie…

Pour ton souvenir qui ne s'efface pas…

 

Oh...de nos jours

On se protège comme on peut

Dans un sèche-linge j'ai caché mon coeur

Ça rétrécit j'en ai bien peur

Et nos lettres enflammées

Dans la lessive n'ont pas fait long feu

 

Quoi?

Je l'ai pas fait exprès...

(…)

 

Rien à retenir sauf les soupirs

Sur notre histoire abandonnée dans le vide
Suspendue comme les orphelines

-Comme des guirlandes dans la vitrine-

Ça amuse les touristes

Qui viennent de me rappeler

Que ma vie n'est qu'un autre ... cliché:

Un badge, un foulard, une larme

Hypochlorite sur ton slim jean.

 

Oh si tu cherches tu me trouveras

(…)

Et ne me demande surtout pas

Ce qu'elle a de Jazz

 

Et si tu m’aimes tu reviendras

En laverie Jazz

S'il est trop tard tant pis pour moi…

Et quand tu lessiveras sans moi

Je ne le saurai pas

Quand tu oublieras tout de moi

Je ne le saurai pas

Et si tu cherches...

 

 

Rentrée 3007


Bonjour chers auditeurs
Merci d’être à l’antenne pour ceux qui viennent d’allumer
Juste un filet de lumière déprimante
Coule à travers les fenêtres un peu comme un fluide gras

Et vous ne voudrez pas sortir…

On a rapporté hier des cas de véhicules carnivores
Des bennes à ordures qui vous guettent au détour des ruelles

Non vous ne voudrez pas sortir…


Mais êtes-vous prêts pour la rentrée 3007?

Bonjour chères auditrices
L’horloge dans nos studios affiche 28h75
Vous êtes peut-être en retard
Les carences alimentaires influencent votre style de vie

Bien sûr vous êtes blême

Et vous n’voulez toujours pas sortir…

Bien sûr les rues sont infestées par des diététiciens sauvages

Qui pourraient bien vouloir vous entretenir, mais…

 

Êtes-vous prêtes pour la rentrée 3007?

Les caravanes de souffleuses avancent implacablement
Déblayant le chemin de l’avenir…dites:


Êtes-vous prêts pour la rentrée 3007?

 

Pression

Veux-tu sentir la pression?
Comme l'écrasement d'un avion sur ton corps
Un éventail de métal
Qui se replie dans ta tête à l'infini...

Et si demain n'était pas un autre jour
Que laisserions-nous sur la glace
Quelques amitiés non déclarées
Des octets qui s'effacent

Veux-tu avoir l'impression…
D'être le dernier à courir comme un con
Sur un damier qui se déploie
Bien au-delà des crevasses, à l'infini...

Je ne suis pas sûr de pouvoir te voir demain
Tu sais je crois que je compte bien
Aller me percher sur un toit
Pour peindre les embouteillages

…tu recherches une façon
De ressentir l'implosion
D'un appareil cérébral
Que tu voudrais comprimer à l'infini...

 

 

Employé terne

 

Cinq jours semaine j’apparais

Dans un building à la Kafka

L’horodateur en fait foi

Pas en retard non mais tout juste un peu juste

Une chemise fraîche à tous les matins

De salissant mon travail ne présente rien

Pourtant au soir quand j’ai fini

Je me sens couvert de suie

 

Je suis un employé terne

(…) Je suis un bouquet de cernes

 

Un jour peut-être, qui sait

L’employeur soulignera ma fidélité

Une plaque, un stylo doré

Une belle repro’ laminée

Mais dans mes nuits, sauf erreur

Je ne rêve plus qu’à des tunnels et dans la noirceur

Je n’entends plus qu’une seule question

Combien de temps durera encore la pile

De ma lampe de poche?

 

(…)

Un parapluie dans le vestiaire

Une photocopieuse solitaire

Des salutations austères

Et le code vestimentaire

 

Matin cloné zéro Celsius

Et la nausée me rattrape dans l’autobus

Et sous mes deux yeux constatez

Les cernes couleur de café

…et ma foi:

Y’a plus que la chaussée devant nous

Alors que s’écroulent les viaducs derrière les roues

Tous les passagers se taisent, car voyez

Nous sommes tous résignés

 

Nous sommes des employés ternes

Seulement décorés de cernes

Nous sommes des employés ternes

Éternellement subalternes

Autrefois étudiants moyens

Bientôt des vieillards aigris

Qui auront travaillé toute leur vie

Pour crever seuls dans leur lit

Nous sommes des employés ternes

Des parapluies dans le vestiaire

 

Je suis un employé terne

Une photocopieuse solitaire

Des salutations austères

Et le code vestimentaire

Je suis un employé terne

Un corridor circulaire

Le hall d’entrée en hiver

 

 

Limite Malade

Quand je dérive le long des rues
Sur des pavés
Des dalles qui ne m'emportent plus
Je dois passer
Par des souvenirs en érosion
Mais à quoi bon
Même mes soupirs sont expirés
Suite à un stage
Dans un flipper à ecchymoses
Limite malades
Les pâles fantômes d'un commando

...passent...

Les plans B devenus coutumes
Limite malade
Je refuse de fermer les yeux
Limite malade
Une armure vide dans l'autobus
Qui fonce vers le
Terminus des conversations
Limite des rails
Une gare où plus personne n'attend
L'écho de mes
Pas meurt d'ennui sur l'autre quai

Vers quelle cité…
Le train a-t-il déjà quitté?

Une nuit d'été
Ce balcon qui me voit tomber
Pas de surprise
Je m'accroche à la gravité
Un autre verre
Une main surgit de la glacière
Limite malade
Elle se verse un autre Perrier
Limite malade
Franchement pas bien du tout
Dois-je réserver
Ma perte d'équilibre?

À votre avis?
Que feriez-vous?
Ça vous est déjà arrivé?

Limite malade…pas tout à fait...
Ça vous est déjà arrivé?

 

 

S’rait bon d’s’revoir

 

(Ami, ça change)

Ami j’ai espoir que ça change bientôt:

Regarde là-bas le ciel

Presque clair, même la nuit

Regarde un peu plus loin vers l’ouest

Au bout de l’auvent de nuages:

J’en suis sûr, c’est un présage.

…et puis :

S’rait bon d’s’revoir

Tu sais…s’rait bon d’s’revoir

(Ami, ça change)

Un cinéma de seconde zone

De sous mon traversin-toscope

J’ai vu en rêve la bande-annonce

On y voit tous les vieux copains,

Au rendez-vous des sans-patrie

Dans un parking pour séléniens

(Ami, je crois)

S’rait bon d’s’revoir

Comme ça…s’rait bon d’s’revoir

(Ami, ça change)

Je vois des guitares à miroirs

De nouvelles bottes, pour les zigzags

Des microsillons en spirales

Des combinaisons d’astronaute

Dans la fumée des propulseurs

Regarde là-bas: tu les vois?

(…)

S’rait bon d’s’revoir

N’est-ce pas ?

S’rait bon ça...

 

Je monte dans ta fusée d’occase

Les phares dessinent le chemin

Ici, devant, là-bas, plus loin

Et on fonce… dans une plaine de réverbères

Dans la salive de leur écho

Sur le polymère des autos

 

Et lorsque déserté dans l’insomnie j’écoute

Au loin le chant des catadioptres sur la route

Et qu’ils me rejouent les refrains

De nos souvenirs  motorisés

 

S’rait bon d’s’revoir

Un jour (un soir)

Ce soir…s’rait bon d’s’revoir

(…)

 

 

L'Écran de fumée

 

Par une nuit en labyrinthe

Nous étions jeunes pour rien

Sans perspective de matinée
Perdus sur un damier

Adolescents désorientés
Dans l'écran de fumée
Corps de ballet et corps d'armée
S'étaient tous invités

Dans l'écran de fumée

Que s'est-il passé?

Dans l'écran de fumée

Sur un terrain miné
 
dans les yeux

 

Dans l'écran de fumée

Dans ce regard glacé…

J'ai dû m'égarer...

Le plan imprécis des tranchées

M'avait mal renseigné

Quand ils ont ordonné la charge...

Elle était face à moi

 

Dans l'écran de fumée

En un clin d'oeil glacé

Je me suis trompé

Je ne voulais pas tirer

 

Dans l'écran de fumée

Les coeurs peuvent s'effacer

Et il ne reste que des poignards

Des lames empoisonnées

Et chaque nuit je panse les plaies

Je vois son corps qui se défait

Les bandages qui ne retiennent pas

Le sang qui recouvre mes doigts

Dans l'écran de fumée

Les remords savent danser

Dans l'écran de fumée

Jamais plus je n'irai…Bienvenue au club Kriegspiel Cruel
Les balles sont bien réelles
L'éclat d'une dent peut vous blesser
Un clin d'oeil vous tuer

Cette dévotchka sans expérience

Dans la mêlée dansait

Des contre-jours dans les cheveux

Des poignards

 

 

Automelodi fait ses courses (2009)

 

 

Soubrette / Sous-entendu

 

Me voici,

Puisqu’il le faut

Sous le plateau

Je vous arrose, c’est mon rôle

 

Je me faufile

Entre les tables’affecté

Entre les luxes étudiés

Et les convives lubrifiés

 

Les ingénues

Les contenances maintenues

Les jeunes premiers

Les provinciales notoriétés

Qui ont des tas de relations

 

Happening

Méli-mélo

Les phonobasses

À gauche – à droite

Effet Doppler

Des phonobasses

Des contresaxes

 

Et le temps coule

Perdu l’contrôle

Les verres se vident

Et moi je glisse...

 

Entre pop-désespoir et le prolétariat

Me voilà, me voilà…

 

 

(Sous-entendu)

 

Me voici,

Dans l’entracte-congestion

...La décontracte-diversion

La clef de voûte du théâtre

La scène-bonus

Sur la moderne-moquette

Sur la moderne et dans le hall

 

Quelques boas

À déboîter

Quelques colliers à dérober

Étourdissements, rafraîchissements...

 

Mais je l’ai vue

Patinant gracieusement sur la moquette

Il est trop tard

 

Moi je ne suis qu’une débutante

Vous êtes adroite

Et élégante

 

Oh, vous alors...

Qui m’envoyez vos secrets projectiles

Je vous adore, je prends la fuite

 

Dans la doublure de velours

D’un corridor demi-jour

Vous voilà, vous voilà

 

Pour la poursuite en sourdine

Et pour les sous-entendus

Vous voilà, vous voilà

 

Juste une poursuite en sourdine

Et quelques sous-entendus

Vous voilà, vous voilà, vous voilà…

 

 

Out of Sync

 

Out of sync

Remember how we never met?

 

I remember that day on the left bank

Like a postcard floating in the sink

Hey, remember that rainy day?

That’s when I realized you were right…

 

Stay around while I forget you

I’ll close my eyes and I’ll write your name

 

Out of sync

Remember how we never met?

 

Revolving in the doors of the hotel

I never quite got to your room

The message I left was deleted

That souvenir never existed

 

Stay around while I forget you

I’ll close my eyes and I’ll write your name

 

 

Ciao! Ciao. Ciao?

 

Petite guêpe,

Accroche-toi je t’emmène sur ma Vespa

Accroche-cœur je t’emmène où tu voudras

 

Dis moi,

Comptes-tu rester guêpe toute ta vie?

Et pourras-tu m’aimer même si je t’aime?

 

Tu n’entends pas

Mes questions sont déviées par ton foulard

Et sur la voie publique

Les véhicules sont des gommes qui effacent mes paroles

Alors tant pis

Le scooter contourne les attractions

D’une capitale que j’ai imaginé

Nous ne savons pas ce que nous manquons

Mais j’ai si peur – surtout je ne veux rien gâcher

 

Le moteur lâche au milieu du trafic

Je n’pourrai pas te déposer

Tu disparais au métro République

Je fais comme si de rien était

Ciao…

La vespa est à vendre

Un modèle 77

Offrez ce que vous voulez

 

D’ailleurs elle est cassée

Mais c’est presque donné

Achetez-la pour les pièces

Ces histoires de garage

Là franchement comme métaphore

J’aurais pu faire mieux

 

Et j’aurais pu dire mieux

Quand tu t’es envolée

Qu’est-ce que j’ai dit…?

 

Ciao …

 

Et alors…quoi?

Et alors…ciao

 

Et je m’efface au milieu du trafic

Mais j’ai du mal à circuler

Quand le souvenir d’une guêpe me pique

Je fais comme si de rien était

Je pleure comme si de rien était

 

Ciao…

 

Ciao signorina

Il faut peut-être plutôt dire

Adieu

 

Ciao

Mais cette fois

Ça veut peut-être plutôt dire

Adieu

 

Ciao signorina

Parce que je n’arrive pas à dire Adieu

 

(…)

 

Ciao

Mais cette fois

Il faut peut-être plutôt dire Adieu

 

Ciao signorina

Parce que je n’arrive pas à dire…

 

Ciao

 

(…)